Russ Cloer – 3rd Inf. Div. – 7th Regiment – US Army

Russ Cloer – 3rd Inf. Div. – 7th Regiment – US Army

L’anecdote qui suit se passe durant la remontée de la vallée du Rhône – sans doute quelque part entre Aix-en-Provence et Montelimar.
Photo Russ Cloer – Poche de Colmar
 Russel W  Cloer 3rd

THE MOTORCYCLE EPISODE

Mes premiers souvenirs de moto remontent tout droit à 1925.

J’avais 4 ans…

Mes parents, ma sœur et moi vivions au 2ème étage d’un vieil immeuble à Jersey City, New Jersey, USA.

Nous n’avions pas de voiture, mais mon père avait un superbe side-car Indian rouge qu’il entreposait dans un local près de chez nous.

Certains dimanches, ma mère disait:

– « Allons au comté de Sussex prendre un bon bol d’air frais! ».

Mon père allait chercher la moto pendant que ma mère préparait le pique-nique et nous partions passer la journée à la campagne
(qui était jadis sauvage et très peu peuplée.)
Durant l’hiver, mon père démontait le moteur et la transmission du side-car pour les mettre à l’abri. Quand il ne les bichonnaient
pas sur la table de la cuisine, il les cachait secrètement sous son lit.

Je n’avais jamais conduit de moto tout seul. Il fallait donc que mon premier tour en moto soit un événement mémorable!

C’est arrivé en France en 1944.

J’étais alors lieutenant et Platoon Leader du I&R Platoon (Intelligence & Reconnaissance) du 7th ‘Cottonbalers’ Infantry Regiment
de la 3rd US Infantry Division.

Nous venions de débarquer dans le sud de la France le 15 Août 1944 et remontions très vite le long de la vallée du Rhône.

En tant qu’officier de renseignements, j’avais un bon niveau de Français à cette époque.
(Russ Cloer a encore à ce jour de très bonnes notions de Français et n’hésite pas à s’exprimer en Français)

Nous venions encore de libérer un de ces villages de la campagne profonde…

Comme toujours, les villageois s’amassent au bord de la route pour nous embrasser et nous offrir des fruits et autres spiritueux.

Pendant que je m’entretiens avec la population locale, un vieux paysan m’entend parler sa langue. Il vient vers ma jeep pour discuter de tout et de rien.

Soudain il m’annonçe qu’il connait une moto allemande abandonnée – (dû à une panne d’essence, ce qui était très courant chez les Allemands…)

Il l’avait cachée dans sa grange pour la remettre à qui de droit.

En ce qui concernait les véhicules de prise, nous avions une politique très stricte de ne pas les utiliser.
D’une part, nous en avions déjà bien assez des nôtres et d’autre part, le fait de conduire un véhicule boche était une invitation à se faire tirer dessus!

Il faut ajouter que nous avions aussi une image de marque à maintenir :
Nous étions une armée américaine glorieuse chassant l’ennemi et non pas une bande de gitans!

Mais il y a toujours eu chez moi quelque chose d’attirant, voire magique avec les motos!

Ma curiosité et mes vieux rêves de l’Indian me poussent à aller jeter un coup d’œil à cette moto.

Je dis au paysan de monter dans la jeep et de nous guider jusqu’à sa ferme.

Une fois arrivés, je sors l’énorme BMW de la grange. Cet engin est fascinant!
Il reflète la perfection et la grande qualité de l’industrie allemande.

La moto est camouflée sur base de couleur sable de la Wehrmacht en deux tons et elle est magnifique!

Je me tourne vers mon chauffeur:

– « Steele, passe moi le jerrycan de la jeep et essayons de démarrer ce monstre!»

Une fois le réservoir rempli, il ne reste plus qu’à mettre le contact et pousser le kick!

Je reçois comme récompense un ronronnement étouffé du moteur. C’est une douce musique à mes oreilles et tout mon corps vibre par cette puissance.
Très vite, je me familiarise avec les commandes…

La tentation d’aller faire un tour était bien trop grande!

Je n’avais jamais conduit une moto avant, mais je réussi vite à me convaincre que les années d’expérience en vélo suffiraient largement.

Je met une vitesse et sors paisiblement de la cour de la ferme pour atteindre la route goudronnée. Pendant environ une demi-heure
j’arpente la magnifique campagne française à une allure de vacancier. La sensation du vent sur mon visage et la joie de se sentir au
contrôle d’une telle puissance, combinées à l’intense sensation de liberté que j’éprouve en ces instants est indescriptible.

C’est vraiment une expérience inoubliable!

Je prends un autre chemin pour le retour et je me retrouve vite sur une route non goudronnée.

Je roule prudemment mais soudain, dans un virage, les roues glissent…

Et me voilà en train de glisser sur mes mains et mes genoux à une vitesse de 35 Km/h!

Une fois arrêté, je me relève et m’assied au bord de cette route déserte quelques instants pour reprendre mes esprits et examiner mes blessures, coupures et autres brûlures…

Les genoux de mon pantalon de combat en laine ont complètement disparu et mes jambes sont en sang.
Les paumes de mes mains sont lacérées et sanglantes.

Je relève la BMW qui est couchée sur le côté, moteur éteint.

Apparemment plus de peur que de mal pour elle…

Après tout, ce n’est pas un engin boche qui allait me la faire!

Le moteur répond immédiatement d’un murmure musical doux que je prends comme un signe de bienvenue et de pardon.

Je retourne à la grange et dit au paysan de garder la moto et de la confier aux troupes US de l’arrière qui allaient arriver sous peu.

Finalement, je passe au poste de secours pour me faire nettoyer mes plaies…

Mais le pire maintenant est de faire face à mes hommes…

La petite histoire avait déjà largement circulé…

Personne ne disait rien, mais je savais très bien ce qu’ils pensaient tous…

– «Comment le lieutenant a t’il pu faire un truc aussi stupide? Nous on ne serait jamais tombés!».

Nous repartions en guerre le lendemain – les blessures se sont cicatrisées, et cette histoire de moto allait vite appartenir au passé…

Je ne suis jamais remonté sur une moto jusqu’en 1984. J’étais en vacances aux Bermudes.

Ma femme et moi-même avions loué un scooter Honda pour faire le tour de l’île.

On ne peut bien-sûr pas comparer ce type de deux-roues à la BMW de 1944.

Alors que je roulais tout tranquillement autour de l’île, je me rappelle particulièrement d’un petit jeune
me dépassant sur sa mobylette toute trafiquée qui me cria :

«Allez Grand-père, plus vite… Allez!»


Au début de la poche de Colmar, avant l’attaque allemande, j’étais en train d’essayer
de trouver mon chemin à travers les positons d’une division blindée Française près de
Sélestat. Ma mission était de réquisitionner une maison dans un village du coin qui servirait
de PC avancé au 7th Infantry Regiment HQ.

Nous arrivons dans le village tard dans la nuit.

Il neige, il fait très froid…

Je mène notre petit convoi. Les routes sont couvertes de glace et je me rends vite compte
que toutes les rues du village sont obstruées par des vehicules aux couleurs françaises de toutes sortes…
Tanks, halftracks, jeeps… La plupart des véhicules ont glissé en dehors de la route et ont été
abandonnés dans les fossés.

Chaque maison du village est occupée par des troupes francaises d’origine Nord-Africaine.

Je vois un officier francais et lui demande de bien vouloir vider une des maison afin que l’on puisse installer notre pc.

Il refuse !

Je demande à voir immédiatement son supérieur et il me dit de le suivre.

On arpente les rues glacées à pied lorsqu’un Sherman aux couleurs françaises débouche dans la rue…
Le char avance très lentement car la rue est une vraie patinoire.

Lorsqu’il arrive sur une légère pente, il se met à glisser…

Le conducteur du char actionne les freins et le chenilles se bloquent, mais le char continue à glisser
le long de la route du haut de ses 35 tonnes et commence à prendre de la vitesse…

Il finit sa course en s’écrasant dans une maison en bas de la pente…

Le sol de la maison cède… et le char tombe dans la cave!

Quel cirque!

Finalement, l’officier français m’amène à son supérieur qui est plus compréhensif.

Il ordonne qu’on me libère la maison de mon choix.

On est repartit de la le lendemain et je n’ai jamais revu l’armée francaise jusqu’à
la fin de la guerre.

Lt. Russ Cloer
I & R Platoon Leader
7th Infantry Regiment
3rd Infantry Division

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